The faceless boy : les images de Motaz Azaiza
Updated: Jun 1, 2025
Motaz Azaiza, مُعْتَز عزايزة, est photographe et journaliste. Sur les réseaux sociaux, particulièrement Instagram, il documente ce qu'il voit dans les rues de Gaza.
Ses images montrent enfants et adultes alarmés, peinés, désespérés, blessés, décédés... Il capte également des scènes plus joyeuses à travers l'abondance de scènes horribles. Comme quoi la population palestienne réussit à trouver de courts moments d'espoir parmi les détonations et les cris de détresse quasi incessants. Le paysage que Motaz Azaiza photographie et filme révèle des montagnes de débris là où se dressaient il y a quelques semaines seulement les maisons, les commerces et les lieux de rencontre de la population palestinienne.

@motaz_azaiza
Ce qui distingue le journaliste d'autres sources d'information, c'est que son contenu est diffusé à l'état brut. Il ne construit pas une histoire, ni une oeuvre cinématographique. Il ne se prête pas au jeu dangereux du sensationnalisme. De sa lentille à nos téléphones, les dures vérités sont ainsi rendues accessibles à tous.
Le conflit n'échappe pas aux manipulations de bon nombre de puissants médias d'ici ou d'ailleurs. Beaucoup de « reportages journalistiques » encouragent la prolifération de la désinformation, de la propagande et d'autres pratiques douteuses. Certain.e.s journalistes s'approprient le rôle de metteur.e en scène, alors que ce qui se déroule autour n'est rien d'autre qu'un drame humain qui nécessite une couverture sérieuse, recherchée, véridique et rigoureuse.
Motaz Azaiza met à jour son compte Instagram régulièrement par le biais de publications ou de « stories ». Il y a de cela quelques jours, le journaliste a mis en ligne la vidéo d'un enfant grièvement blessé qu'on a plus tard surnommé « the faceless boy ». On le voit couché sur une civière ; il est entouré de plusieurs personnes lui prodiguant des soins au meilleur de leurs capacités et ressources. Peu de mots peuvent décrire la souffrance et l'agonie qui émanent de ce court extrait. Le petit garçon a visiblement été blessé suite à l'écroulement d'un bâtiment ou aux effets d'une explosion de missile. Son visage est complètement méconnaissable ; il est très difficile de distinguer ses traits. Ses yeux, son nez et sa bouche ne peuvent être clairement identifiés. Recouvert de poussière, son corps est déchiré à plusieurs endroits ; on remarque rapidement l'amputation de sa jambe gauche. L'enfant pousse des cris de douleur étouffés. Le peu d'énergie qu'il possède encore est complètement dédié à son combat contre la mort.
J'ai été mise au courant de cette histoire par hasard, via une créatrice de contenu sur TikTok qui exprime son opinion sur la situation. Un grand nombre de personnes ayant commenté rapportent l'impact que la vidéo a eu sur eux. À partir de ce moment, j'ai compris que je tenais à la visionner. Je ne voulais pas profiter du privilège que j'ai de pouvoir simplement éteindre mon téléphone et de passer à autre chose, m'enlever ça de la tête, me changer les idées. Le moindre que nous puissions faire est d'assimiler l'information qui parvient jusqu'à nous et réfléchir. Réfléchir à nos actions et à notre impact. Il faut poser un regard critique sur notre pouvoir en tant qu'individu, en tant que pays/province et en tant que communauté mondiale. La première émotion qui naît en nous peut être la rage, la consternation. Mais après vient presque inévitablement l'impuissance. Je ne veux pas me dédouaner de quelconque responsabilité. Je ne peux cependant pas négliger la part que les grands acteurs du milieu politique et économique ont dans ce conflit depuis plusieurs décennies. Dilemme après dilemme, ma réflexion avance peu à peu. La contribution de chacun a une apparence différente. Il n'existe pas qu'une seule manière de supporter la cause ou de militer pour la paix.
J'implore toute personne qui en a les moyens, quels qu'ils soient, de participer aux efforts d'aide humanitaire et d'information. Devant une telle crise, l'apport de chacun compte. L'empathie est la seule et unique arme qu'il vous faut posséder pour débuter.
L'enfant blessé dont je parlais plutôt est, selon ce que j'en ai compris, décédé suite à toute la violence que son corps avait subi. La tristesse qui m'a envahie en apprenant cette nouvelle ne fait que me rappeler que chaque jour, d'autres vivent la même chose et perdent tout. La douleur et le deuil vécus chaque jour par la population de Gaza ne doivent pas nous paralyser, mais bien nous pousser à agir. Eux n'ont pas de choix entre la passivité et l'action. De notre côté, décidons de faire le bon choix.
Béatrice
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